Les grands mythes et mystères de l'hypnose
Qu'est ce que l'hypnose (ou état hypnotique) ?
L'état hypnotique est en réalité un phénomène tout à fait naturel. Il s'agit d'un état modifié de la conscience, situé entre l'état de veille et de sommeil.Le cerveau est constitué de plusieurs milliards de neurones. Ceux-ci sont connectés entre eux et communiquent au moyen d'ondes électrique ou chimiques.
Donc, notre cerveau fonctionne à un certain rythme appelé rythme cérébral. Ce rythme se traduit par des oscillation électromagnétiques situées dans une bande de fréquences donnée résultant de l'activité électrique cohérente d'un grand nombre de neurones du cerveau.
Principaux rythmes cérébraux observés chez l'être humain
- Alpha : fréquences comprises entre 8.5 et 12 Hz. Elles caractérisent un état de conscience apaisé, et sont principalement émises lorsque le sujet a les yeux fermés.
- Beta : correspond aux fréquences supérieures à 12 Hz (et généralement inférieures à 45 Hz). Elles apparaissent en période d’activité intense, de concentration ou d’anxiété.
- Les fréquences supérieures à 24 Hz, généralement d'environ 40 Hz sont parfois dénommées Gamma. Elles ont été récemment impliquées dans les processus de liage perceptif.
- Delta : fréquences jusqu’à 4 Hz, normales chez le très jeune enfant, elles peuvent ensuite caractériser certaines lésions cérébrales.
- Thêta : fréquences entre 4.5 et 8 Hz. On les observe principalement chez l’enfant, l’adolescent et le jeune adulte. Elles caractérisent également certains états de somnolence ou d’hypnose, ainsi que lors de la mémorisation d'information.
- Fuseaux : trains d'ondes comprises entre 12 et 16 Hz, caractéristiques de la phase de sommeil léger. Également reliés aux ondes SMR (Sensory Motor Rhythm) ou Mu Sources: Wikipedia
Lorsque nous atteignons un stade de relaxation plus ou moins profond, les neurones se synchronisent entre eux provoquant l'apparition d'un rythme cérébral constitué d'ondes Alpha.
Ce sont précisément ces ondes qui induisent l'état hypnotique.
Contrairement à ce que beaucoup de gens peuvent penser, il n'y a pas que chez un hypnothérapeute ou face à un hypnotiseur de spectacle que nous pouvons entrer en état hypnotique. Comme je l'ai dit plus haut, il s'agit d'un état naturel dans lequel chaque être humain normalement constitué se retrouve, et ce, plusieurs fois par jour.
Par exemple, lorsque nous commençons à sortir du sommeil profond ou paradoxal pour arriver au sommeil léger puis au réveil. A ce moment, le cerveau émet des ondes Alpha. De même, lorsque nous sommes sur le point de nous endormir, avant l'arrivée dans la phase de sommeil, nous sommes aussi sur un rythme Alpha.
Un autre exemple typique: vous parcourez régulièrement un trajet en voiture (celui de votre domicile à votre lieu de travail par exemple) et vous êtes absorbés dans vos pensées tout en roulant. A un moment donné, vous vous rendez compte que vous êtes déjà à un certain endroit sans vraiment avoir réalisé que vous étiez au volant de votre voiture. En fait, votre subconscient est en état "d'hypervigilance" et prend les commandes de votre conduite tandis que votre esprit conscient est plongé dans vos pensées.
Conclusions: L'état hypnotique est naturel et nous atteignons cet état plusieurs fois par jour !
Origines de l'hypnose:
Les origines de l'hypnose sont aussi vieille que le cerveau humain... Les premières trace d'hypnose remontent à l'Antiquité. Certains prêtres Egyptiens utilisaient déjà des techniques apparentées à l'hypnose, souvent dans un but thérapeutique. Il est même très probable que des techniques hypnotiques plus primaires étaient utilisées à l'époque de la préhistoire par des sortes de chamans.
Franz Anton Messmer est un médecin allemand qui a vécu entre 1734 et 1815. Il est à l'origine du Messmérisme ou magnétisme animal. En 1773, il entreprend son premier traitement sur la base des idées d'un fluide universel. Pour cela, il utilise les plaques aimantées inventées par le père jésuite Maximilian Hell À la suite d’une polémique avec Hell sur la paternité de ce procédé, Mesmer insistera sur le fait que le magnétisme animal est distinct du fluide magnétique minéral.En 1777, il quitte Vienne après avoir tenté de traiter la cécité de Maria Theresia von Paradis, une musicienne de 18 ans aveugle depuis l’âge de quatre ans. Les soins de Mesmer parvinrent à rétablir partiellement sa vue, ce dont les parents lui furent d’abord fort reconnaissants, avant que le père de la jeune musicienne, qui tenait à conserver la pension d'invalidité de sa fille, n’insiste pour que Mesmer cesse de la traiter. Des échanges acrimonieux s’ensuivirent, et la vision de la patiente se détériora de nouveau. Pour éviter un scandale, Mesmer part s’installer à Paris l'année suivante.rrivé à Paris en 1778, il officie d'abord à l'hôtel Bourret place Vendôme puis à l'hôtel Bullion rue Coquillère, près de Saint-Eustache, et encore à l'hôtel de Coigny, rue du Coq-Héron. Sa clientèle s'accroissant, il s'établit ensuite à Créteil en mai 1778. Il se fait assister par Charles Deslon, médecin personnel du comte d'Artois, avec le soutien duquel il publie, en 1779, son Mémoire sur la découverte du magnétisme animal de 88 pages, suivi de ses 27 célèbres Propositions décrivant sa théorie.
En 1780, ayant plus de patients qu'il n'en peut traiter individuellement, Mesmer introduit la méthode de traitement collectif dite du baquet. C'est notamment lors de ces traitements collectifs que se manifestent des phénomènes contagieux de « crises magnétiques » au cours desquelles les femmes de la meilleure société parisienne perdent leur contrôle, éclatent d'un rire « hystérique », se pâment, sont prises de convulsions…
Mesmer est vivement attaqué par la faculté de médecine mais obtient des clients influents, tels le juriste Nicolas Bergasse et le banquier Guillaume Kornmann.
En mai 1781 Mesmer quitte Paris pour Spa, aujourd'hui en Belgique, où il écrit son Précis historique des faits relatifs au magnétisme animal qu'il adressera aux compagnies savantes du monde entier. Il rentre à Paris fin 1781.
Pour James Braid,comme pour Lavoisier et Benjamin Franklin avant lui, le fluide et le magnétisme animal dont parle Messmer n'existent pas. Il démystifie donc le mesmérisme et propose une codification moderne de ce phénomène de modification de conscience. Il donne le nom d'hypnotisme à des techniques et des phénomènes en partie observés dans le magnétisme et en partie développés par lui-même. Il découvre que l'hypnotisme est produit par une concentration sur une cause physique. Durant ses expériences, il utilise d'ailleurs la fixation d'un point lumineux comme technique d'induction.
A l'âge 29 ans,le célèbre neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud effectue un stage chez CHARCOT où il découvre l'hypnose. Il utilise ensuite l'hypnose dans ses recherches durant 9 années et pressent alors le concept d'inconscient. Il comprend également les vertus thérapeutiques de la catharsis, c'est-à-dire l'expression de contenus inconscients précédemment refoulés par le conscient.
En fait, certaines personnes averties affirment que Freud aurait obtenu beaucoup plus de réussites thérapeutiques avec l'hypnose qu'avec la psychanalyse qu'il a développée ensuite (il n'aurait pu décrire que 5 psychanalyses réussies et encore, l'homme aux loups aurait rechuté) et ceci alors même qu'il utilisait les techniques hypnotiques très directes et très peu élaborées de l'époque. En effet, en 100 ans, les progrès techniques et psychothérapeutiques de l'hypnose ont été gigantesques.
Mais Freud a besoin d'élaborer sa propre théorie du psychisme ainsi que sa propre technique. Vingt-cinq ans après son abandon de l'hypnose, il déclara cependant :
« on ne surestimera jamais trop l'importance de l'hypnotisme pour le développement de la psychanalyse. Au point de vue théorique et thérapeutique, la psychanalyse gère l'héritage qu'elle a reçu de l'hypnotisme».
Un autre grand précurseur de l'hypnose moderne, Le psychiatre et psychologue américain Milton Hyland Erickson, a joué un très grand rôle dans le renouvellement de l'hypnose clinique et a consacré de nombreux travaux à l'hypnose thérapeutique. Son approche innovante en psychothérapie
repose sur la conviction que le patient possède en lui les ressources
pour répondre de manière appropriée aux situations qu'il rencontre : il
s'agit par conséquent d'utiliser ses compétences et ses possibilités
d'adaptation personnelles. Atteint de poliomyélite à l'âge de dix-sept ans, Erickson a été une figure emblématique du « guérisseur blessé », expérimentant sur lui-même, lors de sa rééducation, certains phénomènes qu'il met ensuite en application dans l'hypnose thérapeutique.
Au cours de sa carrière, Erickson a collaboré notamment avec Margaret Mead, Gregory Bateson, Lawrence Kubie, Aldous Huxley, John Weakland, Jay Haley et Ernest Rossi. Il est considéré comme le père des thérapies brèves. Ses travaux ont inspiré plusieurs approches thérapeutiques, dont l'hypnose ericksonienne, la thérapie brève de Palo Alto, la programmation neuro-linguistique et diverses autres techniques de traitement. Parmi ses élèves les plus connus figurent Stephen Gilligan, William O'Hanlon, Stephen Lankton et Jeffrey Zeig. Démystification de l'hypnose
L’hypnose dégage un parfum de mystère, elle apparaît comme une technique puissante, maîtrisée par un petit nombre de spécialistes ou de gourous et nécessitant une initiation. On pense à tort être dans le domaine de l’occultisme, du secret et du pouvoir détenu par celui qui sait.Quand on parle d’hypnose, certaines phrases reviennent automatiquement à l’esprit : « vos paupières sont lourdes », « dormez, je le veux ! », « vous ferez tout ce que je vous dirai », « quand vous vous réveillerez, vous aurez tout oublié », …suscitant peurs et inquiétudes auprès du grand public : peur de perdre le contrôle, d’être mal traité, d’être mal influencé, de perdre sa volonté, …
Le fonctionnement de l’hypnose repose sur des mécanismes peu connus du grand public et qui ne sont d’ailleurs pas enseignés dans le cursus scientifique de base (au contraire de la biologie et de la chimie sur lesquelles repose la médecine classique).
Il n'est donc pas inutile de dissiper certains malentendus et de combattre quelques fausses croyances.
Pour les lecteurs assidus, je ne peux que conseiller ces livres :
Ouvrages sur l'hypnose
Avec l’hypnose, on dort
Contrairement aux apparences l’hypnose n’est pas du sommeil !Les amalgames liés à l’hypnose reposent notamment sur l’origine étymologique du mot. Du grec hypnos qui signifie « sommeil », l’hypnose n’a pourtant pas grand chose à voir avec ce dernier. Bien au contraire. En effet, il s’agit d’un état de conscience modifié, une forme de concentration réceptive pouvant fluctuer entre l’hyperéveil et la somnolence. Chacun est capable de l’atteindre de manière naturelle. Cet état de « conscience parallèle » permet au sujet, tout en étant en relation avec autrui, de s’impliquer dans une autre facette de sa propre expérience de vie.
Cela ne marche que sur des personnes faibles
C'est tout à fait faux !Des études ont démontré que l’hypnose est moins rapide et moins efficace sur les personnes fragiles. Au contraire, les gens en bonne santé mentale sont plus facilement hypnotisables.
Le grand public a été fort influencé par les spectacles de music-hall et par les nombreuses œuvres de fiction (dessins animés, romans, films populaires, …) qui mettent en scène l’hypnose comme un instrument de domination, une technique permettant d’agir sur le comportement de quelqu’un, contre sa volonté. C'est à caude de cela que l'on croit que celui qui est hypnotisé semble affaibli. Donc il s'agit d'autorité et non d'hypnose (de plus les hypnotiseurs de music-hall ont souvent des comparses dans l'assistance qui connaissent le scénario préparé pour le spectacle).
Il subsiste donc un amalgame tenace entre l’hypnose "spectacle" et l’hypnose thérapeutique contemporaine. Ceci entretient peurs et inquiétude auprès du grand public : peur de perdre le contrôle, d’être mal traité, d’être mal influencé, de perdre sa volonté, …
Au contraire, l’hypnose thérapeutique propose une approche où le patient découvre comment utiliser ses propres ressources de changement, et par la suite, résoudre d'autres problèmes par lui-même. Il s’agit d’exploiter ses capacités d’auto-guérison. Dénudée de tout rapport de force l'hypnose se pratique alors dans une relation de collaboration franche et transparente.
L’hypnose marche mieux chez les individus influençables
C'est faux !La capacité de rentrer en hypnose (hypnotisabilité) est naturelle chez tout un chacun. Toutefois, elles et indépendante de la capacité d’être influencé (suggestibilité).
Ainsi, on peut être très suggestible et peu doué pour entrer en hypnose (même si ceci s’apprendra tôt ou tard) et inversément ! Ceux qui sont doués dans ces deux capacités seront évidemment plus rapides à profiter de l’hypnothérapie et guériront plus vite.
En hypnose, on perd le contrôle
C'est faux !Beaucoup de gens pensent qu’en état d’hypnose, on n’est plus maître de soi et de ses actes. En fait, c'est tout le contraire.
L’état hypnotique est un état de concentration intense. L’individu peut donc ne plus porter son attention sur le monde qui l’entoure, donc le contexte de l'hypnose doit être sécurisé. La vigilance habituelle diminue laissant place à une réceptivité spontanée, ce qui peut rendre le sujet plus vulnérable aux manipulations.
Toutefois, une chose est sûre, en état hypnotique, le sujet gagne du contrôle. C’est d’ailleurs pour cela que l’hypnose guérit des problèmes puisque ceux-ci sont dus à des pertes de contrôle soit émotionnelles, soit comportementales, soit de la pensée, soit encore une perte de contrôle d’un organe du corps par le cerveau.
Ainsi, le sujet découvre ou redécouvre d’autres formes de contrôle que celui de la volonté consciente : notamment, la pensée analogique comme la visualisation d’une image de guérison. Celle-ci a bien plus de pouvoir que la volonté de guérir.
Par ailleurs, les capacités du contrôle conscient sont immédiatement accessibles dès que le sujet le souhaite. Il peut également sortir de l’état hypnotique à tout moment lorsqu’il le veut. Il peut donc ouvrir les yeux dès qu’il le désire.
En hypnose, je suis sous le contrôle de l’hypnotiseur
C'est faux !Le grand public a été fort influencé par les nombreuses œuvres de fiction (dessins animés, séries, films populaires, ...) et les spectacles qui mettent en scène l’hypnose comme un instrument de domination. L'hypnose apparaît alors comme une technique permettant d’agir sur le comportement de quelqu’un, contre sa volonté. Celui qui est hypnotisé semble affaibli et complètement sous le contrôle de l'hypnotiseur. Cette impression est pourtant fausse et découle de la confusion entre l’autorité, la fascination et l’hypnose. Or, il s'agit de trois phénomènes différents.
En état hypnotique, un sujet sent intuitivement ce qui est bon pour lui et rejette facilement ce qui ne l’est pas. D'ailleurs, l’autorité est moins efficace sous hypnose qu’en état d’éveil ! Ainsi, lorsque Milton H. Erickson utilisait son autorité, il le faisait en dehors des séances d’hypnose. De plus, l’obéissance à l’autorité entraînent rarement des changements durables (exceptées les prescritions de tâches indirectes en thérapie éricksonienne et stratégique).
Quant à l’hypnose thérapeutique, il s'agit d'une technique complètement respectueuse du patient. Le rythme d'évolution du patient, ses valeurs morales ou spirituelles, son type de caractère sont pris en compte et respectés. Il s'établit une réelle collaboration entre le thérapeute et son patient, avec un objectif commun : la recherche efficiente d'un mieux-être durable.
Il faut croire à l’hypnose pour que ça fonctionne
C'est fauxDans les études scientifiques, on s’est aperçu que les sujets sceptiques profitaient plus vite de l’hypnose que ceux qui y croient fortement ! En effet, lorsque le patient a trop de croyances préconçues sur l’hypnose, cela le freine dans sa découverte de ce que l'hypnose a vraiment à lui apporter, et de comment il fonctionne lui-même en hypnose.
L’état hypnotique peut effectivement être différent selon :
- la personnalité du sujet
- la relation avec l’hypnothérapeute
- l’état dans lequel on se trouve juste avant la séance
- les attentes, les objectifs que l’on a à tirer de cette expérience
Pour quelqu’un de sceptique, ce qui compte c’est d’être ouvert à une expérience nouvelle.
L’hypnose est dangereuse...
C'est faux !Il est évident que l’hypnose en soi n’est pas dangereuse :
- tant qu’elle est pratiquée par des professionnels de la santé. Et cela dans le cadre de leurs compétences. Par exemple, un anesthésiste ou un dentiste peut faire de l’anesthésie hypnotique ou calmer la peur d’un patient mais c’est un « psy » qui traitera une vraie phobie du dentiste ou de l’anesthésie.
- du moment que la confiance est suffisamment bonne entre le thérapeute et son patient. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’avoir plus de « confiance » en son hypnothérapeute qu’en son médecin ou son « psy ».
De plus, en état hypnotique, tout le corps fonctionne mieux, les organes retrouvent leur fonctionemment de base. L’état hypnotique lui-même favorise un « état psychosomatique » particulièrement sécurisant sur le plan de la santé. Ainsi, l’hypnose thérapeutique est une technique complètement respectueuse du patient. Le rythme d'évolution du patient, ses valeurs morales ou spirituelles, son type de caractère ; tout cela est pris en compte et respecté. Il s'établit une réelle collaboration entre le thérapeute et son patient, avec un objectif commun : la recherche efficiente.
J'espère que cette petite synthèse vous aura plu ;-)
A bientôt pour mon prochain article.
ben2morrow
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